Ils ne m’ont pas dit.

Tu sais ce qu’ils disent? Ils disent que l’on ne se remet jamais vraiment de l’amour. Que l’amour se conjugue souvent au passé, parce que nous ne pouvons pas s’entendre au présent et que l’on se projette pas assez ou trop souvent dans le futur. Que nous rêvons du plus-que-parfait mais nous revenons constamment sur l’imparfait même quand c’est impératif. 

Ils regardent aussi d’un drôle d’air ceux qui réussissent. Comme si c’était anormal que ça se termine bien. Comme si Disney parfois avait raison. Ils disent que les hommes ne sont pas sérieux et que les femmes sont complètement folles. Ils disent que nous sommes victimes de notre génération, une génération branchée sur ses émoticonnes versus ses émotions. On se swipe à gauche parce que nous sommes maladroits. Et si on se rencontre, ce sera jusqu’à ce que l’on atteigne la date d’expiration. Chaque épopée contient une date de péremption. Ils disent aussi que nous ne savons pas épeler le mot «relation». 

Ils disent que c’est rendu impossible de trouver quelqu’un. Que c’est utopique. Que c’est encore la faute des princesses Disney. Ils disent que vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants c’est passé date. En fait, la seule qui avait comprit, c’est Blanche-Neige et ses sept nains. Et pourtant, ce conte n’est pas mon préféré.

Ils disent qu’on se prélasse au soleil trop longtemps et que la moisissure à le temps de se former et avant que l’on réalise, ça sent mauvais. Il faut tout jeter. Et l’on retourne au marché. Tu sais, celui qu’on essaie d’éviter même si on a notre carte de points depuis des années. 

Ils disent que c’est un éternel recommencement. Que parfois mieux vaut être seul que mal accompagné. Ils disent que c’est parce que nous avons peur de l’engagement. Que dans leur temps, on se connaissait même pas avant de se marier. Ils disent que nos égos sont trop gros pour se conformer à aimer une seule personne. Même dans notre lit. La monogamie du coeur est une invention des écrivains de romans arlequins. 

Et il y a toi. Qui les fait tous mentir. Tu es comme le petit pourcentage de chance de guérison de cette maladie. J’ai entendu dire qu’elle s’appelait l’amour. Ils m’ont déjà dit que l’amour pouvait être comparé à la drogue. Nous le cherchons comme un junkie recherche son fixe. Le pronostic est intraitable. L’amour est incurable. 

Ils disaient aussi que tu avais tout ce que je désirais. Toutes ces journées passées ensemble. Ces semaines à la chaleur loin de la maison. Toi qui étais là même quand tu n’étais pas là. Parce que je pensais encore à toi. Surtout quand tu pars avec ta valise à des kilomètres d’ici. 

Ils disent de ne pas m’attacher. Même si la relation est une montagne russe. Ils disent que tu es trop nomade pour te poser. Ils disent que tôt ou tard, je prendrai le train pour nulle part. Tu sais ce train que Grand Corps Malade décrit dans un de ces textes. Ils disent que toi et moi, nous ne débarquerons pas à la même gare. Et que nous avons acheté nos billets sur un site d’achats groupés. 

Ils disent que l’amour c’est un risque et qu’il faut en évaluer toutes les conséquences.  Ils en disent des choses ces gens-là. 

Mais ils ont oublié de me dire que l’amour peut être doux. À quel point les soirées à oublier les heures s’écouler goutaient bon. Comment les fous rires ensemble pouvaient réparer tous les petits morceaux brisés. Qu’un gars qui joue de la guitare pouvait devenir une anecdocte-juste-à-nous.

Ils ont oublié de me dire que les taquineries étaient plus fortes que n’importe quoi. Que les weekend d’hiver dans l’euphorie pouvaient cruellement me manquer. Que les nuits blanches n’avaient pas d’égal à nos cernes qui trahissaient des nuits à s’aimer sous les draps. Que je me chercherais une robe pour n’importe quelle occasion. Tant que c’est toi qui me regarde. 

Ils ont oublié de me dire que faire l’amour était transcendantal. Que tes yeux qui plongent dans les miens sont plus intimes que leurs sexes qui visitent le mien.  Ils ont oublié de me dire qu’un couloir d’appartement où trainent nos bas peut être réconfortant. Encore moins que ta guitare qui traine chez moi. 

Ils ont oublié de me dire que l’on pouvait se «titiller» avec une poésie intime sous fond de messages textes. Qu’une épaule dénudée pouvait dire Je t’aime. Que des pieds qui se touchent sous une table de cuisine signifiaient «J’ai envie de toi.»

Ils n’ont pas dit que le soupir après l’amour était toujours plus pur que tous les souffles que l’on retient par peur de s’étouffer. Ils ont oublié de me dire à quel point l’on pouvait se foutre d’un siège de toilette qui n’est pas baissé ou d’un évier rempli de vaisselle. 

Ils ont oublié de me dire que l’on pouvait s’embrasser de longues minutes dans le cadre d’une porte, un certain samedi soir, parce que 24h éloigné semblait déjà une éternité. Ils n’ont pas dit qu’on s’aimait déjà. 

Ils m’ont parlé des chicanes. Des insécurités. Des tentations. De la peur au ventre de se perdre. Tu sais quoi? Elles sont belles les chicanes, parce qu’elles se terminent toujours en riant, et souvent en baisant. On s’aime même outrageusement. 

Ils ont oublié de me dire que l’on pouvait s’ennuyer. Que je pouvais compter les minutes qui raccourcissent ton retour. Eux, ils me disaient que tu ne me donnerais pas de nouvelles. Que j’étais seulement la régulière, si j’étais chanceuse. 

Ils ont oublié de me dire que l’on pouvait se trouver beaux surtout au réveil. Que l’on pouvait se serrer fort. Que je pouvais te dire Je t’aime en ouvrant les bras gros-comme-ça mais que ma taille impose une injustice réelle à mes sentiments.  Je ne suis pas grande comme toi. 

Ils ne m’ont pas dit que je penserais souvent à la première fois que l’on s’est avoué, que le revivrai comme un rêve éveillé. Que les nids de poule de la rue Rachel pouvait être la plus belle des conversations pendant que l’on marche ensemble vers le parc Lafontaine.  Que faire la lessive ensemble pouvait être une belle prémisse à une soirée romantique quand tes bras m’enlacent et que tes lèvres courent derrière ma nuque. Ils ont omis de me dire que que danser la valse était la plus belle des danse. Parce que c’est toujours plus beau de s’étourdir en duo. Qu’un simple smiley face pouvait égayer en jaune ma journée. Surtout s’il est envoyé juste-comme-ça. 

Ils ont oublié de me dire que le grimaces, les mains sur les genoux, les clins d’oeil font du bien. Surtout quand ça va moins bien. 

Ils ne m’ont pas dit que tu me ferais oublier les mauvais souvenirs et que ta respiration la nuit était le plus beau des métronomes et qu’elle endormirait mes craintes. Ils ont oublié de me dire que chaque jour, mon coeur battrait un battement plus à cause de toi. Et que je n’aurais pas peur de l’infarctus.

Ils ont oublié de me dire que c’était agréable de seulement se regarder en silence. Que marcher dans le sable la nuit, avec le Pacifique en trame sonore pouvait être un de mes moments préférés dans l’histoire de l’humanité. Ils ont oublier de me dire d’aimer simplement. 

Ils ont oublié de me dire de vivre l’instant présent. 

Ils ont oublié de me dire que je devais être debout contre tout. 

Parfois même, contre moi.